« La fille aînée de l’Église »

Un visage rajeuni, un héritage missionnaire à honorer

Par Basil SOYOYE, SMA

Cette réflexion est le fruit d’un échange entre jeunes missionnaires de la Société des Missions Africaines (SMA). Depuis un an, ils partagent l’expérience de confesser et d’accompagner des adolescents dans les écoles de Lyon, ainsi que dans les aumôneries paroissiales. Leur regard, nourri de terrain et de proximité, éclaire d’une manière singulière le renouveau que connaît aujourd’hui l’Église en France.

Une histoire séculaire

La France, fille aînée de l’Église catholique universelle, porte depuis des siècles un héritage spirituel unique. Ce titre, qui confère à chaque président français le statut de chanoine du Latran, n’est pas qu’un symbole : il rappelle une vocation historique, celle d’annoncer le Christ au monde. Mais, soyons lucides : cette mission a longtemps semblé s’essouffler. Les rides de la fille aînée interrogeaient sa vitalité, sa capacité à témoigner de la beauté et de la gloire du Christ dans une société sécularisée et parfois indifférente.

Un souffle nouveau

Or, un signe inattendu surgit aujourd’hui : le nombre croissant de jeunes qui demandent le baptême. Ce phénomène n’est pas anecdotique. Il révèle un désir profond de transcendance, une quête de sens que ni les écrans ni les idéologies ne parviennent à combler. Le Congrès Mission 2025 à Paris-Bercy et l’accueil enthousiaste du film Sacré-Cœur en sont des preuves éclatantes. Oui, l’Église en France retrouve un visage jeune, lumineux dans sa vitalité retrouvée.

La fécondité missionnaire, un héritage vivant

Ce souffle nouveau ne peut pas être compris sans rappeler l’apport des instituts missionnaires comme la Société des Missions Africaines (SMA), fondée à Lyon en 1856 par Mgr Marion Brésillac, ainsi que les autres membres de la Famille Spirituelle de Mgr de Marion Brésillac : les Missionnaires Notre-Dame des Apôtres (NDA), les Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur (MCS-C) et la Fraternité Laïque Missionnaire (FLM), pour ne citer que ceux-ci.

Ces instituts, avec d’autres, parmi lesquels la Congrégation du Saint-Esprit (Spiritains), les Missions Étrangères de Paris (MEP) ou encore les Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), ont porté l’Évangile aux confins du monde, affronté les épreuves, parfois jusqu’au martyre, et contribué à faire naître des Églises locales dynamiques en Afrique, en Asie et ailleurs. Aujourd’hui, ces Églises jeunes et vibrantes renvoient à la France une richesse spirituelle et humaine qui nourrit son propre renouveau.

Échange et partage entre Églises

Un proverbe yoruba dit : «Lorsquune lapine vieillit, elle se nourrit du lait de ses petites.» C’est le regard que l’on peut poser sur la nouvelle relation qui existe entre la fille aînée de l’Église et les enfants qu’elle a aidés à engendrer partout dans le monde. Des jeunes croyants, acteurs pastoraux (clercs, religieux et religieuses) nés de l’action missionnaire française, apportent aujourd’hui à l’Église de France :

  • Un souffle missionnaire renouvelé : rappeler que la foi n’est pas une affaire privée mais une annonce joyeuse et publique.
  • Une ouverture interculturelle : aider l’Église de France à accueillir la diversité des cultures et des sensibilités, en particulier celles des communautés chrétiennes venues d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine.
  • Un témoignage de vitalité : montrer que la jeunesse de l’Église ne se mesure pas à l’âge de ses institutions mais à l’élan de ses croyants.
  • Une pédagogie de proximité : accompagner les jeunes dans les écoles, les aumôneries et les paroisses, en leur offrant une écoute et une présence incarnée.
  • Un engagement social crédible : rappeler, à travers la doctrine sociale de l’Église, que la mission ne se limite pas aux sacrements mais s’étend à la justice, à la paix et à la solidarité.
  • Une mémoire vivante : transmettre l’héritage des martyrs et des missionnaires du passé, non comme une nostalgie mais comme une source d’inspiration pour l’avenir.

Un appel à l’action

Le temps n’est plus à l’observation mais à l’engagement. Évêques, prêtres, religieux et laïcs engagés : l’Esprit nous confie une mission urgente. Accueillez cette jeunesse qui frappe aux portes de l’Église, accompagnez-la avec audace et humilité, ouvrez nos paroisses à la diversité des cultures et des charismes, et osez proposer une foi vivante, incarnée, crédible.

La fille aînée de l’Église ne peut se contenter de contempler son visage rajeuni : elle doit agir. Elle doit redevenir une force missionnaire, une voix prophétique, une maison ouverte. Parce qu’une jeunesse retrouvée est une promesse ; mais une jeunesse accompagnée, formée et envoyée est une espérance pour le monde.

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